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Amériques > Canada, Mexique > Lhasa // Lhasa![]() Le son des rêvesLa chanteuse canadienne s’est mise à nue pour enregistrer une collection de chansons belles à couper le souffle dans sa langue anglaise maternelle et dans les conditions du direct. Lhasa, un troisième album, comme un nouveau départ, qui affine encore un peu plus les contours d’un univers parmi les plus envoûtants de notre époque.
On a souvent l'impression que tu es allée chercher tes chansons dans les rêves…
Lhasa: C'est vrai : c'est arrivé plusieurs fois. Dans le dernier album aussi, il y a des images que j’ai empruntées de mes rêves. Il y a même une chanson qui est précisément une description d'un de ceux-ci. (A Fish on land raconte l'histoire d'un poisson à tête humaine qui se débat sur le sol et qui, une fois remis à l'eau, devient un homme avec qui la narratrice se mariera, ndlr)
Comment arrives-tu à faire tenir ces rêves sur terre ?
L: On en parle comme des trucs très étranges, mais pour moi les images des rêves sont très concrètes. Elles parlent d'elles-mêmes, on a juste à les dire et elles ont leur propre magie. Ce n’est pas compliqué ! Comment communiques-tu ces atmosphères particulières à tes musiciens ?
L: Les musiciens avec qui je travaille sont des gens très intuitifs. Je leur explique ; parfois on trouve tout de suite et parfois il nous faut quelques essais avant d’obtenir l’ambiance recherchée. C'est drôle, le langage, c'est un peu mystérieux cette façon dont on atteint un but musical qui décrit un état onirique ou un sentiment. J’y parviens souvent avec des couleurs : je peux par exemple leur dire que j'ai besoin de beaucoup d'espace, un sentiment de lenteur, décrire des images, mais il faut chercher ensemble. Sur ce disque, je m’entoure de musiciens avec lesquels je n'avais jamais travaillé. Alors on s'apprivoise, on apprend à décoder nos langages mutuels. Ca marche vraiment avec eux, parce qu'ils ont la patience et la curiosité de comprendre où je veux aller, avec les mots que je dis. Comment as-tu rassemblé cette collection de chansons ?
L: Elles sont venues très doucement : une chanson a été écrite pendant l'enregistrement du précédent album, une autre avant de partir en tournée pour Living road. La plupart datent de ces deux dernières années. Je suis assez lente, ce sont des idées qui viennent. Mais c'est assez simple : quand j’ai dix, onze ou douze chansons qui tiennent la route, je me dis que je peux faire un album.
Comment as-tu choisi les musiciens ?
L: J'étais à Montréal, je devais partir à l'étranger travailler avec un ami, qui m’avait offert de produire le disque ; il avait trouvé un mélange de musiciens parfait. Un peu à la dernière minute, je me suis rendue compte que ce n'était pas ce que je souhaitais : je n’avais pas envie de partir loin, je voulais enregistrer l’album ici, à Montréal. Il y avait un studio dans mon quartier où j'avais vraiment envie de bosser, un studio analogique. Et puis j’ai pris conscience que je voulais absolument réaliser mon disque avec des gens que je pouvais voir tous les jours, avec qui je pouvais boire un café ou une bière, sans avoir à prendre l'avion pour les rencontrer… A partir du moment où j'ai décidé ça, j'ai juste eu à ouvrir les yeux, à regarder autour de moi, et ils étaient là ! Des gens avec qui je passais déjà du temps, que j’aimais bien et, de surcroît, de formidables musiciens ! Une fois que j'ai commencé à comprendre ça, je me suis trouvée vraiment conne de ne pas l'avoir vu avant ! J'étais tellement attachée à une autre idée que je n'avais pas perçu ce qui était sous mes yeux. On a fixé une date pour faire un concert, on a monté toutes les chansons de l’album, on a fait un spectacle et ça c'est super bien passé ! Un mois plus tard, on était en studio et on a enregistré 80% de l'album en deux semaines. La harpe (mise en avant) et la pedal steel guitare : le choix de ces instruments est-il lié aux musiciens que tu connaissais ?
L: Sarah Pagé, la harpiste, est une grande amie, mais je n’avais jamais vraiment pensé à son instrument. Cette magnifique musicienne, de formation classique, commençait déjà à jouer dans des groupes de musique expérimentale ou pop. Un jour, elle est venue chez moi à l'époque, j’invitais des musiciens pour tester de nouveaux horizons –, on a écrit une chanson ensemble, et je me suis rendue compte que la harpe, c'était vraiment parfait. Le son de cet instrument, marié à celui de la pedal steel de Joe Grass donne un peu l'identité de l’album, même si d’autres sonorités les entourent. C’est là, au coeur : la harpe joue le rôle d'accompagnement, produit un son simple, qui donne de la luminosité, et la pedal steel apporte un tas de couleurs différentes. La section rythmique Miles Perkin à la contrebasse et Andrew Barr à la batterie – est également très bien. Ce sont tous des gens doués d’une immense créativité et je me sens privilégiée de chanter avec eux.
Tu as enregistré ce disque dans les conditions du direct ...
L: Même les voix ont été enregistrées en live. Si parfois un petit truc cloche, mais que dans l’ensemble, on est tous en train de s'écouter et de se suivre, qu'il y a un véritable élan dans la musique, je trouve cela tellement excitant, ça me fait tellement rêver ! Pour moi, toutes les raisons de faire de la musique se trouvent dans ce mouvementlà. C'est ce que j'ai envie d'expérimenter maintenant. Tu as choisi d’appeler cet album Lhasa, comme si c'était ton premier. Pourquoi ?
L: A cause de toute cette histoire, de la façon dont l'album a été préparé… Après le concert, quand nous sommes entrés en studio un mois plus tard, je me suis dit que je ne voulais pas travailler avec un producteur. Je voulais voir comment ca se passait, et le résultat a été positif ! Cette décision fait qu’il n’y a pas d’autre vision que la mienne. Entre la musique et ce que les gens entendent, il n'y a que notre intention, pas l'interprétation, le passé ou les références ajoutées par d'autres personnes. C'est comme si l'album était encore plus proche de moi. Ca m'a semblé évident : il y avait une mise à nue. Souvent, parce que je n’ai pas de formation musicale (hormis pour la voix), j’ai pu facilement me dire que les autres avaient plus de compétences que moi, que je devais plus me fier à eux. Finalement, pour mon troisième album, j'avais envie de laisser parler mes propres connaissances, mes goûts et mes instincts. Peut-être, pour les prochains albums, aurais-je envie de travailler avec un producteur et qu’il mette vraiment sa signature, mais pour celui-ci, j’avais envie de connaître ce qu'était « mon » son. J'étais curieuse de savoir ce que cela donnerait si j’y allais juste avec ce que je ressentais. C'est pour ça que ce titre, c’est moi. Benjamin MiNiMuM INTERVIEW LHASA // LIRE AUSSI
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